Les Fonds de Prêt à l’Economie (FPE) : une opportunité pour le financement des PME – PMI

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Avec les Fonds de Prêt à l’Economie, les PME et PMI françaises disposent désormais d’un nouvel outil de financement pour leur développement et leur croissance. Des prêts à rembourser in fine, qui répondent à un besoin des entreprises jusque-là non satisfait par les banques et ouvrent la voie au financement des entreprises par les investisseurs institutionnels. Avec 1,2 milliards d’euros levés en 2013 – le double de 2012 – auprès d’investisseurs privés, ce mode de financement n’en est encore qu’à ses débuts, comparés aux 220 milliards d’euros prêtés par les banques. Mais en permettant ainsi la croissance des PME-PMI son probable développement dans les années à venir, contribuera sans doute à combler le retard de la France par rapport à l’Allemagne en ce qui concerne le nombre d’Entreprises de Tailles Intermédiaires. Interview d’Isabelle Bourrier, Responsable de portefeuille chez Crédit Mutuel Arkea.

Les Fonds de Prêt à l’Economie : qu’est-ce que c’est et d’où ça vient ?

Les Fonds de Prêt à l’Economie sont un format de prêt créé il y a un an et qui est la résultante d’une volonté des pouvoirs publics de dynamiser le financement de l’économie, principalement des PME et des ETI.

L’idée des pouvoirs publics est d’élargir à d’autres acteurs que les acteurs bancaires le financement des entreprises sous forme de prêt, ou sous forme obligataire.

La règlementation ne permettait pas aux investisseurs qualifiés et institutionnels, tels que les assurances, d’effecteur ce type de financement dans de bonnes conditions. Il existait un certain nombre de freins levés par le décret du 2 aout 2013 qui a modifié le code des assurances, et assoupli les conditions d’investissement dans les créances de sociétés françaises et européennes de taille moyenne qui ont une activité commerciale, industrielle, agricole ou immobilière. En sont exclues les sociétés du secteur financier. Cette modification de la réglementation a levé certains freins, liés notamment à la comptabilisation dans le bilan des assurances et au poids en termes de consommation de fonds propres sur ce type d’investissement et de financement. Cela a ouvert le champ des possibles. Ce changement de réglementation date d’il y a un an et ne touche que les assureurs, mais cela va changer dans le futur et s’étendre au delà de l’assurance.

Il y a eu une consultation de classe qui s’est achevée le 13 juin dernier qui visait à décliner, dans le code de la sécurité sociale et dans le code de la mutualité, les changements de réglementations effectués sur le code des assurances. Cela permettrait de les appliquer aux mutuelles, caisses de prévoyance et aux caisses de retraites, élargissant ainsi à d’autres investisseurs institutionnels la possibilité d’intervenir dans le financement de l’économie et des entreprises.

Quels sont les critères d’élection des entreprises ?

Etre une PME ou une PMI. Ce financement ne s’adresse pas aux entreprises du CAC 40 qui ont un accès aisé aux marchés financiers. Sur un critère de sélection, il est indispensable pour les sociétés de gestion et les gérants de fonds de trade economy d’avoir une analyse et un suivi du risque, afin d’être en mesure d’évaluer le risque, sachant que l’on est sur une classe d’actifs qui a certaines spécificités… On est sur une cible de petites et moyennes entreprises, donc par nature plus fragiles. On doit donc avoir une attention particulière non seulement sur l’analyse financière et qualitative de l’entreprise, mais aussi sur la documentation juridique (pour bénéficier de sûreté sur ces financements, s’assurer que l’entreprise a des engagements à respecter, etc.).

Tout cela est un élément préalable à l’investissement. Il y aura, en outre, une analyse de suivi du risque sur l’ensemble de la durée du financement.

Qu’est-ce qui définit ce critère du risque ? Cela est-il apprécié centralement ou par chaque acteur économique ?

Ce sont les acteurs économiques qui doivent avoir en interne des équipes de spécialistes et une méthodologie leur permettant de mesurer efficacement le risque et de le maitriser.

Lorsque l’on est une petite entreprise, quels types de financement peut-on obtenir et quelles sont les démarches à effectuer ?

L’entreprise ira voir sa banque s’il s’agit d’un prêt, car les banques disposent d’un monopole sur le prêt. La banque sera donc là pour originer et arranger le financement. Elle sollicitera ensuite des investisseurs, dont des fonds de prêt à l’économie sur ces financements. Ensuite l’investisseur choisira ou non de participer à la négociation du financement ou du contrat, ou pourra intervenir en pur participant.

Sur ces projets de financement, on est clairement dans le financement du développement, et de la croissance de l’entreprise. On est donc sur du financement de l’investissement, éventuellement de croissance externe à moyen ou long terme (de l’ordre de 5 à 7 ans) et on est sur un financement dont le remboursement interviendra in fine. Ce type de financement aujourd’hui n’est pas forcément un financement que les banques sont prêtes à faire car elles préfèrent bénéficier d’un remboursement amortissable. On voit donc bien que nous sommes un acteur complémentaire aux banques dans le financement des entreprises.

C’est un financement complémentaire qui fait partie de mesures mises en place pour dynamiser l’économie. Quelles sont ces mesures et comment se situent les fonds de prêt à l’économie à l’intérieur de ces dispositifs ?

Effectivement, il y a eu différentes initiatives, dont la création de fonds de prêt à l’économie, qui dans ce cas vise un financement sous le format de créances ou de titres de créances.

Il y a eu également l’augmentation du plafond du PEA, la création du PEA PME, lancé au début de l’année 2014, la création des contrats eurocroissance et vie-génération, il y a eu également la volonté des pouvoirs publics de développer le crowdfounding (financement participatif).

Sur l’ensemble de ces initiatives, il est aujourd’hui un peu tôt pour estimer l’impact de ces mesures, mais ce qui est sûr, c’est que le financement des entreprises par les investisseurs institutionnels s’est développé. On peut le voir notamment au travers de l’évolution des placements privés qui sont des placements d’emprunts obligataires auprès d’investisseurs qualifiés (institutionnels), dont font partie les fonds de prêt à l’économie. A l’issue de l’année 2013, 1,2 milliards d’euros ont été levés par l’intermédiaire des placements privés. C’est le double de l’année 2012, car tout comme la désintermédiation, l’investissement privé est une activité naissante. C’est un doublement, mais il faut encore relativiser. Parallèlement, les banques ont prêté 220 milliards d’euros aux PME et aux ETI. C’est donc un marché naissant qui croît très rapidement et qui est porté par un contexte favorable, à savoir une volonté des pouvoirs publics mais aussi des investisseurs institutionnels de se tourner vers cette classe d’actifs. Dans un univers de taux bas, les investisseurs institutionnels sont à la recherche de rendements et de sources de rendements complémentaires. Les Fonds de Prêt à l’économie FPE rentrent parfaitement dans cette optique.

Peut-on anticiper un développement fort de ces Fonds de Prêt à l’Economie dans le futur, et dans quelles proportions ?

C’est un peu compliqué de le dire aujourd’hui, mais si on regarde du côté des Etats-Unis où la désintermédiation est largement présente dans le financement de l’économie, on peut imaginer un très fort développement de ce type de fonds et de ce type d’intervention dans le financement des entreprises.

En conclusion, que doit faire une PME qui s’intéresse au Fonds de Prêt à l’Economie ?

Soit la PME va voir son banquier, soit elle va faire appel à un intermédiaire qui mettra la PME en contact avec des investisseurs et travaillera sur la structuration de son financement.

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Auteur

Isabelle Bourrier

Analyste – Gérant – Fonds de dette privée chez Schelcher Prince Gestion Diplômée de l’IAE de Paris I Sorbonne/Panthéon et d’un DESS CAAE (Certificat d’Aptitude à l’Administration des Entreprises) – option Finance, Isabelle a passé l’essentiel de sa carrière dans l’analyse financière puis dans les financements spécialisés d’ETI et de PME au sein de banques commerciales et de sociétés de bourse. Elle rejoint Schelcher Prince en 2014.

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