Les obligations convertibles : une opportunité pour bénéficier de la hausse des marchés en connaissant sa perte maximale

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Prêter de l’argent au travers d’une obligation convertible en connaissant sa perte maximale pourra permettre de bénéficier sereinement de la hausse des marchés actions et de se prémunir d’un risque de forte de baisse de ces mêmes marchés. Aujourd’hui, avec un rythme d’émission plus soutenu, il y a une revalorisation de cette classe d’actifs et donc on a la capacité à investir dans des conditions beaucoup moins onéreuses que par le passé. Interview d’Hubert Lemoine, gérant responsable de la classe d’actifs convertibles.

 

Qu’est-ce qu’une obligation et qu’est-ce qu’une obligation convertible ?

Une obligation c’est une dette. C’est de l’argent que vous prêtez à une entreprise et qu’elle vous rembourse au bout d’un certain laps de temps en vous ayant versé un certain rendement.

Si l’on passe maintenant à la définition de l’obligation convertible, on a toujours la même dette, cet argent que vous avez prêté à l’entreprise qui doit vous rembourser à une date donnée, mais vous avez à tout moment la possibilité de l’échanger contre une action de cette entreprise. Cette action vous donne droit aux bénéfices futurs de l’entreprise. On voit bien l’intérêt de définir cette optionalité qui vous permet d’échanger une dette qui a une valeur à peu près connue contre une action qui ne cessera de monter, si les perspectives bénéficiaires de l’entreprise montent.

La dette, pour tout un chacun, est un terme un peu vague, très utilisé et très à la mode en ce moment. Pour une entreprise, qu’est-ce que ça veut dire exactement ?

Dans les entreprises, vous avez le besoin d’investir et en même temps de financer les dépenses courantes inhérentes à leur activité et donc elles ont besoin d’emprunter de l’argent auprès des banques ou auprès des investisseurs financiers pour financer leur activité.

Ce terme de dette peut paraître un peu péjoratif, mais en fait c’est quelque chose de positif. Ce n’est pas parce qu’on parle de dette qu’on parle de sociétés insolvables….

Non, tout à fait. Et c’est tout le travail de l’analyse de crédit que vous pouvez trouver dans toutes les sociétés de gestion, et notamment la nôtre. Cette analyse consiste à mesurer le niveau de risque financier des entreprises. Vous avez des entreprises qui sont fortement endettées, mais qui sont des industries en croissance. Pour le coup, on pourra considérer que le levier est compensé par la croissance de cette industrie. Et puis vous avez des entreprises qui sont très endettées dans des secteurs beaucoup plus sous pression, notamment de la concurrence, et d’une croissance en déclin. On distinguera à chaque fois la situation concrète de la société et de son levier financier.

Quand on investit dans des obligations, dans cette dette, on injecte du financement dans l’économie et cela peut se transformer en cercle vertueux ?

Tout à fait, les sociétés ont besoin pour investir d’avoir de la visibilité sur leurs comptes. Il est très précieux pour elles d’avoir des investisseurs qui leur prêtent de l’argent à moyen ou long terme pour leur permettre d’investir. Une des problématiques de l’économie actuellement est justement d’avoir essentiellement des liquidités ou des crédits à court terme.

Quelles sont les entreprises qui ont recours à ces obligations convertibles ?

L’essentiel de la classe des obligations convertibles est constitué d’entreprises qui ont entre cinq et dix milliards d’euros de capitalisation boursière. On n’est pas sur des très grosses entreprises et on n’est pas non plus sur des très petites entreprises. On est entre les deux. On est quand même sur des capitalisations boursières consistantes. Il peut y avoir des exceptions. On peut avoir de très grosses sociétés qui viennent emprunter au travers de ce véhicule financier, c’est ce qui peut permettre de s’indexer à la croissance de ces très grosses entreprises.

On a vu qu’on faisait de l’analyse de risque pour évaluer la dangerosité de ces obligations. Quel est le risque pour l’investisseur ?

L’intérêt de l’obligation convertible est de pouvoir se positionner sur une société qui finalement sera assez peu risquée. C’est d’autant plus vrai que les taux d’intérêt sont très bas et que la rémunération liée à une obligation pure est quand-même limitée. Prêter de l’argent au travers d’une obligation convertible en connaissant sa perte maximale pourra permettre de bénéficier sereinement de la hausse des marchés actions et de se prémunir d’un risque de forte de baisse de ces mêmes marchés.

En cas de défaut de l’entreprise en question, qu’est ce que l’investisseur risque en termes de pertes sur son investissement ?

En termes de pertes sur l’investissement, il faut remonter aux années 2008 et 2011 pour avoir une classe d’actifs qui a été négative en performance sur l’année. Ca n’a pas été forcément le cas pour tous les investisseurs. Ca dépendait de leur date d’entrée dans ces véhicules-là. Ce qu’il faut savoir malgré tout, c’est que le temps nécessaire pour retrouver les points d’entrée les plus bas a été au maximum d’un an et demi. On voit quand-même que ça a été dans le passé un outil très protecteur.

En caricaturant un peu, c’est un investissement sur les marchés très peu risqué. Alors pourquoi n’y a-t-il pas plus de monde qui se jette sur ces marchés d’obligations convertibles ?

Je crois qu’il y a deux raisons. La première, c’est que c’est un marché de spécialistes. Il faut avoir des connaissances sur le niveau de risque de crédit des sociétés, sur leur niveau d’endettement et sur le marché sur lequel elles opèrent. Il faut avoir un niveau de connaissance sur l’évaluation de leurs actions et de la croissance potentielle de ces actions. Il faut avoir aussi une capacité à valoriser techniquement l’optionalité. On a bien vu que c’était une dette échangeable en actions, et donc qu’il y a une option à valoriser. Il faut donc maitriser aussi ces critères techniques pour réaliser une bonne gestion convertible. On est sur une classe d’actifs de professionnels, pour autant le deuxième point important aussi, et c’est ce qui fait que cette classe d’actifs reste un peu confidentielle, c’est qu’en Europe le gisement ne fait que 80 milliards d’euros, alors qu’aux Etats-Unis, il est de 200 milliards. On a encore un gisement relativement étroit en Europe qui peut-être fait que ce marché ne s’est pas encore développé de façon importante.

La France représente déjà une portion importante de ce marché ?

La France représente à peu près 30% de ce marché, sachant qu’il existe une vraie culture historique de la clientèle française sur ce marché-là.

Quand on parle de clientèle, vous parliez tout à l’heure de marchés de spécialistes, on trouve des institutionnels comme les assureurs, pour quelle raison ?

Les assureurs depuis pas mal d’années travaillent ce produit-là. Dans la régulation à la laquelle ils sont contraints depuis plusieurs années, ce produit est pertinent pour eux pour rester sur un marché des actions. C’est pour ça que c’est un univers qui a toujours été très travaillé par les assureurs. On y retrouve aussi des banques privées, des CGP… On a quand même quelques acteurs très présents sur cette classe d’actifs.

Dernier point, si on veut regarder l’avenir, quelle est la perspective de ce marché des obligations convertibles ?

Le plus important, c’est de bien choisir votre véhicule fiscal. Mais si vous êtes sur les meilleurs contrats en unité de compte, il n’y a aucun souci pour souscrire aux fonds spécialisés en obligations convertibles et donc orienter au mieux votre épargne.

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Auteur

Hubert Lemoine

Responsable de la gestion des obligations convertibles chez Schelcher Prince Gestion Actuaire, Diplômé de l'ISUP en 1989, 23 ans d’expérience sur les obligations Convertibles. Responsable vente et « market making » sur les Obligations Convertibles de 1989 à 2006 chez Schelcher Prince Finance puis chez Oddo et IXIS CIB. Gérant convertible senior chez Acropole AM qu’il a co-fondé de mai 2006 à janvier 2008. Hubert rejoint Schelcher Prince en mars 2008 en tant que responsable de la gestion des Obligations Convertibles.

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